mercredi, 12 décembre 2018
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Avec à peine plus d’1,5 % du marché mondial de l’assurance, l’Afrique est souvent regardée de haut. Mais attention, le continent s’éveille à la faveur du téléphone mobile, véritable outil d’initiation à l’assurance.

Comme l’indique avec conviction Esther Tiako, vice-présidente de la fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (Fanaf) et directrice générale de NSIA Assurances au Cameroun « l’Afrique a les moyens de réussir ». Un message émis depuis la tribune de la 3e conférence organisée par L’Argus de l’assurance sur les marchés du Maghreb et de l’Afrique et repris par Richard Lowé, pdg du groupe Activa et président du réseau africain Globus, qui affirme que « le marché de l’assurance va se développer, car l’Afrique connaît actuellement une évolution de ses infrastructures et l’augmentation de la classe moyenne, qui sont deux facteurs propices à l’implantation de l’assurance ». Déjà différents intervenants présents le 16 décembre 2014 notaient « la croissance exponentielle du taux de pénétration, supérieur au taux de croissance économique », à l’image d’Olivier Canuel, directeur Afrique anglophone et Moyen-Orient de Gras Savoye International. Et l’année 2015 devrait amplifier ce phénomène, puisque la réglementation sur les impayés en vigueur depuis le 1er janvier repose sur le principe simple : pas de prime, pas de garantie. « Cette nouvelle réglementation en cours sur l’ensemble de la zone Cima (1) réglera le point crucial des impayés, comme avait commencé à le faire l’assurance affinitaire développée avec les opérateurs téléphoniques », esti­me Mathieu Dierstein, DG du groupe de courtage Ascoma.

800 MILLIONS D’ABONNÉS AU TÉLÉPHONE MOBILE

L’accès à l’assurance passe, en Afrique, par des circuits de distribution alternatifs compatibles avec la géographie du continent et la configuration géographique de sa population. « Nous assistons également à un saut technologique déterminant pour notre marché, pointe Patrick Mommeja, head of life insurance and micro insurance d’Allianz Africa. Il n’y a pratiquement pas d’Internet fixe, nous sommes passés direc­tement à l’Internet mobile ».Et avec une fulgurance étonnante, puisque le continent compte plus de 800 millions d’abonnés au téléphone mobile, dont 100 millions de smartphones sur une population totale de 1,138 milliard d’habitants en 2014. « Dans certaines zones ou certains pays, le taux d’équipement atteint 100 %, alors même que le taux d’équipement en électricité est de 40 % », poursuit Patrick Mommeja qui évoque d’ailleurs la naissance d’un nouveau métier : chargeur de portable ! Reste que ce développement sera fonction de la capacité des opérateurs à élargir leurs réseaux et celle des constructeurs de proposer des smartphones à des prix plus abordables.

« Le digital et le mobile sont les leviers de la transformation et du développement de l’assurance en Afrique. Mais il ne faut en aucun cas chercher à calquer les modèles français », affirme Mustapha Moufid, head of digital d’Axa Maroc et Afrique subsaharienne. Ainsi, ses services viennent de lancer le paiement par mobile au Sénégal et expérimentent actuellement au Maroc un mode de souscription de contrat auto on-line entièrement guidé par l’audio et la vidéo.

LE MOBILE S’IMMISCE DANS TOUS LES SECTEURS

Autre domaine de développement : la santé. En Afrique subsaharienne, il y a 1 médecin pour 10 000 habitants, là où la France en compte 3,3 pour 1 000 habitants ! « Nous développons donc des projets de médecine préventive délivrée par SMS », explique Patrick Mommeja qui rapporte également la création de service par téléphone permettant de détecter les contrefaçons de médi­caments, très nombreuses et médicalement problématiques en Afrique.

Concernant l’usage du mobile pour le paiement des primes, les intervenants de cette conférence évoquent le cas de Safari mobile, opérateur téléphonique, qui a créé depuis quelques années une monnaie virtuelle M-Pesa (M pour mobile et Pesa qui signifie monnaie en Swahili) permettant des transferts d’argent via le téléphone mobile. à ce jour, les transactions opérées dans les quelques pays qui ont opté pour ce système (Tanzanie, Afrique du Sud, Kenya…) s’élèvent à environ 650 M$ par mois. Les assureurs sont très intéressés par le procédé pour, entre autres, garantir le paiement des primes. Enfin, le téléphone permet aussi la micro-assurance, phénomène aujourd’hui parfaitement adapté à l’initiation du continent africain aux mécanismes de l’assurance. D’ailleurs, Allianz Africa compte pas moins de 25 millions de micro-assurés !

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